Bruno Ruiz / Jeux anciens

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Je me souviens de volets qui se refermaient sur une pluie de soleils. Je prolongeais le jour dans la plus haute tour d’un livre où s’enivraient des éternités étranges. D’un vieux clocher sonnaient des heures qui n’existaient pas et j’entendais chanter en moi une vieille femme maigre à la voix divine revenue d’un champ de bataille d’une tristesse infinie. Trois dieux, les mains pleines de sang, s’avançaient lentement par la porte qui donnait sur la clairière. En larmes, entouré de seaux bouillants posés sur des pierres, toute mon enfance s’abandonnait alors à la respiration des écorces et pour tromper mon ennui solitaire dans la cour, au milieu des autres, je jouais à quelques jeux anciens dont j’étais le seul à connaître les règles.

Bruno Ruiz, 2017
Peinture : Pieter Brueghel l’Ancien, Jeux d’enfants (détail), 1560

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