Bruno Ruiz / Fin de nostalgie

vieilles-photos

Nous entrons le soir dans de vieilles photographies, nous montons d’anciens escaliers en lacets recouverts de mousses vertes. Passent en contre-bas des voyageurs très sérieux en chapeaux mous et gabardines, des jeunes filles en robes Vichy dans des hula-hoops, un vieillard peu loquace assis sous les tamaris. Et nous sautons des caniveaux odorants sur le chemin de l’école, maraudons des pruniers à la sauvette, plongeons depuis des digues en béton dans les eaux vertes du chenal. Nous savons très bien ce qui nous protège du temps qui passe. Une dame de cœur d’un jeu de cartes Quiquina tombe lentement sur une table de jacquet, des papillons dansent autour d’un buddleia, un chalutier bleu traverse lentement l’horizon jusqu’aux passes. Nous avançons dans des albums de photos qui ne se ferment jamais mais ceux qui les ont remplis aujourd’hui ne nous serviront pas. Ils seront ce qui reste de nous pour ceux qui à leur tour s’y promèneront quand nous auront disparu. Nous n’aurons jamais la nostalgie de ce que nous vivons en ce présent et c’est très bien ainsi.

Bruno Ruiz, 2017
Photo : Mon premier jour de Cours Préparatoire à l’Ecole Paul-Bert d’Arcachon en septembre 1959, dans la classe de Madame Tricoche. »Nous habitions au bout d’un chemin de terre… »

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