Bruno Ruiz / La chevelure d’Alice

berceuse

Jadis, pour m’endormir, de vieilles sorcières souriantes s’asseyaient sur le bord de mon lit, et dans une étreinte soyeuse, elles déchiraient les voiles du soir pour que j’entre au pays des myrtilles rejoindre des Alice aux genoux écorchés, aux tabliers plein de confiture. Dans un fracas joyeux, nous brisions des milliers de miroirs que nous projetions dans une neige imaginée. Des oiseaux frémissants venaient s’y regarder pour trouver l’entrée d’un labyrinthe douillet où ils pourraient enfin passer une nuit tranquille à l’abri des chasseurs imbéciles. C’était le signe pour que j’entre dans la chevelure d’Alice, les mains tremblantes, afin d’atteindre la clef de la porte des secrets. Lorsque je m’étais assuré que nous étions bien seuls et que personne ne se moquerait de nous, je l’emportais sur mon élan pour traverser jusqu’au petit jour la lumière d’une vallée avant de nous évanouir chacun dans l’absence de l’autre.

Bruno Ruiz, 2017
Photo : Broken Mirror-Evening Sky, Bing Wrightu

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