Bruno Ruiz / Tombés des livres

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Parfois la nuit dans le couloir, je croise d’étranges personnages tombés des livres de la bibliothèque. Un cavalier noir surgit à vive allure emportant Madame Bovary dans les rues d’Alger dévastées par la peste. Il y a aussi Jean Valjean dans les égoûts de Paris qui porte Zarathoustra sur ses épaules. Il est amoureux d’Anna Karénine et rêve qu’on l’enlève à bord du Nautilus. Sur un coup de dé, sorties d’un étrange cornet, dans d’obscures illuminations tombent des fleurs du mal, et pendant que Candide bêche son jardin des Délices, Robinson Crusoé, rêvant de la Princesse de Clèves, se perd dans les rues de Dublin à la recherche du temps perdu d’Ulysse. Il va rejoindre Swan, jaloux d’Odette, et ils voyagent au bout de la nuit par le transibérien pour disparaître par la porte étroite qui s’ouvre sur le Pays d’Alice et du Petit Prince. Et tout cet alcool qui coule en moi pour des fêtes galantes, toutes ces illusions perdues, je les garde sur mon cœur comme le songe d’une nuit d’été d’où je m’évade d’outretombe, sur la route, vers la montagne magique, pour la promesse de l’aube et l’écume des jours sur le rivage des Syrtes.

Bruno Ruiz, 2017

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