Bruno Ruiz / Méduse

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Elle ne regardait plus la fenêtre, il y avait des flaques d’huile sur le goudron, c’était un dimanche de pluie entre les mâts et les vagues lumières de la côte. Des nuages tombaient comme des seaux gris et les oiseaux avaient si froid au-dessus des digues. Je suis resté sur la cale, transparent comme un enfant dans son pull-over. Je ne me souvenais plus de la forme de ses hanches. En boucle, je réécrivais déjà l’évangile de sa dernière nuit. Son corps avançait entre les joncs et les genêts. Les vieux tambours de nos vingt ans s’éloignaient derrière les blockaus, dans la chronique d’un rêve de feu et de frontières inexactes, un horizon muré déjà dans le four d’une cuisinière. Il y a des visages qui n’ont pas de mot, qui veillent en nous dans le lancinant ressac qui charroie la permanence des méduses, de vieilles photos volées au vent marin, des hébétudes qui ne s’oublient jamais.

Bruno Ruiz, 2017

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