Bruno Ruiz / La beauté de l’an neuf

turner

Emportez-moi encore quelques heures dans le murmure des clapots et l’élégance des carènes, ce qui se tend au soleil et se brise, une ombre dansée dans l’azur des peintures, des galops d’anges, toutes ces voiles qui se gonflent. Offrez-moi une bouche sans visage, sans pleurs tombés sur vos chemises, sans une hache plantée sur un pont, sans graisse sur les cordages, tous nos rêves d’en mer et de mouillures, des courants qui ne s’arrêtent jamais. Et puis jetons ensemble nos ancres dans l’onde d’une baie rieuse, ce qui se lasse et qui se donne dans les fosses, la nuit des pôles, des chiens de mer sans muselière dans le barrissement d’un vieil amour à la force de l’âge. Un rossignol doit revenir chaque matin sur nos lèvres. Je l’ai vu et entendu cette nuit. C’est moi qui le décide. Des algues se souviennent. Une croix humide choit sur l’horizon jaune et le dessin des longues houles. Ah construire encore de l’inutile pour la beauté de l’an neuf !

Bruno Ruiz, 2017
Peinture : William Turner, Yacht approchant de la côte, 1835

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