Bruno Ruiz / Parfums

croix-des-marins

Il y a des parfums qui ne s’oublient pas. Des vieux relents de détergent dans une cage d’escalier, des traces de poudre sur un col de chemise, une peau de banane dans une poche en plastique, l’odeur d’un vieux Jules Verne oublié dans une valise. Il m’arrive certains soirs d’hiver de respirer des chevaux blancs qui disparaissent dans la brume. Ils vont rejoindre des beautés qui sommeillaient derrière les dunes. Je vis adossé au papier-peint d’une chambre ancienne, dans un frisson d’ocres, une porte impossible à fermer. Je me souviens d’une écharpe en laine bleue marine, d’un vent glacial qui s’engouffrait sur le chemin de terre. Une main tiède se posait sur mon front. Au loin j’entendais un orchestre sous les tamaris. Je suis un millefeuille envolé sous la Croix des Marins. La viande du temps posée sur l’étal du boucher, la sueur d’un prêtre qui chante, une bocal de fraises en sucre, un flacon Chanel n°5 oublié au fond d’un vieux buffet. Je me déplace dans les narines d’une ville qui n’existe qu’en moi. Je ne vieillis pas.

Bruno Ruiz, 2016

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