Bruno Ruiz / Pour Jean Vasca

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Une montagne s’est effondrée en silence au milieu de la nuit. Elle était là, immuable, dans le paysage de ma vie. Plus puissante que la surface des eaux, elle s’érigeait très haut dans l’azur. Elle m’appelait souvent dans l’écho fraternel d’une douce vallée. Sur son sommet brillait un soleil écarlate. De ses vignes, sur ses flancs ruisselaient des vins d’aubes, plus rares que le silence des mots. Elle était mon relief, mon cirque, mes moraines. J’ai bu avec elle plus que de l’espérance : des aurores de rires, la tête à moitié langue, à célébrer le désordre minéral, les ruines du temps qui berce l’incandescence de quelques météores de passage. Oui c’était une haute montagne. Elle s’élevait au milieu d’un archipel oublié, perdue dans un océan bleu que ne connaissent aujourd’hui que quelques navigateurs amoureux, épris comme nous-mêmes d’incroyables transparences. Elle s’est effondrée mais elle reste en moi dressée comme une œuvre de partage au pied de laquelle se rassemblent déjà des guides de traverse pour le désir intense et inaliénable du chant des hautes altitudes.

Bruno Ruiz, 2016

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