Bruno Ruiz / Magnétique

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La lumière vient de l’ombre. Voici venir le temps d’être ici. Rien n’a besoin d’être dépassé. L’absence est riche. Je n’ai pas le droit de me taire. À l’heure qu’il est, personne n’est en retard. Rien n’est plus vieux que la mort. Il y a quelque part une fleur sans nom, un oiseau à jamais immobile. Simplement, nous avons nos mains. Le temps vertical. Je veux être celui qui accepte le monde. Celui qui refuse d’être à jamais meurtri.
Il y a cette chaise au milieu du ciel bleu. Rien en dehors du cadre. On ne voyage que pour revenir et on ne part jamais. On avance dans la mémoire et dans l’oubli.
Fleurir, oui. Fleurir après l’hiver. Méticuleusement voir. Se rapprocher encore. Le monde est si lointain. J’ai lu, j’ai oublié, je me souviens. Tout s’exprime, rien ne demeure. Mourir n’est pas un dépassement. Personne n’est coupable. Comptable seulement de ses actes. J’ai construit des routes que je n’ai jamais prises. J’en ai prises qui ne menaient nulle part. Les routes n’ont pas de sens. Seul importe la largeur du désert.
Celui qui trouve la bonne mesure, celui qui respire connaît déjà le lieu et l’air, ce parfum qui n’appartient à personne. Il ne vit pas, il discontinue. Le monde s’allège de ses morts. Le poids des êtres s’envole dans l’oubli.
Plutôt la beauté que l’amour. Une beauté humaine et barbare. En nous, la neige chaude. Entre nous : l’espace, dense, ouvert, magnétique.

Bruno Ruiz, 2016

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