Eaux de nos lits et de nos lies,
Murmures de nos vieilles vies,
Eaux descendues de nos vallées,
De notre corps et de nos palmes,
Eaux si profondes et si calmes,
Eaux des campagnes, des forêts,
De nos galets, de nos galops,

Eaux des baptêmes, des noyés,
Eaux des goulots et des rosées,
Débordements des embouchures,
De toutes ces forces qui durent,
Eaux des courants, des eaux mourantes,
Eaux des écluses, des errantes,
Eaux de nos rives, de nos os,

Eaux de silences et de songes,
De nos secrets, de nos mensonges,
Eaux calmes, vives ou dormantes,
Eaux jaillissantes, transparentes,
Eaux des matrices, des rivières,
Eaux primordiales de la terre,
Eaux sinueuses des canaux,

Eaux solennelles, originelles,
Eaux de nos crues, de nos margelles,
Eaux d’Héraclite, si changeantes,
Eaux de nos femmes parturientes,
Eaux de nos lacs et de nos brumes,
De nos puits, de nos amertumes,
De tous nos rêves de bateaux,

Eaux de nos fosses, de nos rades,
De nos déluges, nos tornades,
Eaux de nos cieux et de nos fables,
Eaux immobiles, insondables,
Eaux des remous et des dérives,
Eaux de nos yeux, de nos salives,
Eaux des sueurs sur notre peau,

Eaux qui débordent, nous chavirent,
Eaux qui nous sauvent, nous déchirent,
Qui nous endorment, nous bénissent,
Nous baignent, nous ensevelissent,
Eaux de nos lignes, de nos longes,
Ces bras de mer qui tant s’allongent
Jusqu’aux lisières des roseaux,

Eaux de quiétudes et de doutes,
De nos erreurs, de nos déroutes,
Eaux de nos morgues, de nos larmes,
De nos secrets, de nos vacarmes
Dedans nos vasques, nos ivresses,
Eaux de notre tendre jeunesse
Où nous rêvions sur des radeaux,

Eaux d’oasis, eaux de nos fleuves
Où les torrents font ce qu’ils peuvent,
Quand les eaux viennent et nous lavent
De nos étiers et de nos gaves,
Et de tout ce qui nous inondent,
Comme l’étang qui se débonde,
Le déluge venu d’en haut,

Eaux fraiches, noires, caressantes,
Eaux de la danse des absentes,
Eaux mortes du grand livre ouvert,
De nos silences, nos amers,
Eaux de l’enfance et du désir,
Eaux fleurissant notre âme lyre,
Eaux de quiétudes, de repos,

Eaux de nos gouffres, de nos sources
Où va scintillant la Grande Ourse,
Eaux éternelles, si légères,
Opaques, lisses, passagères,
Eaux de nos vallées, de nos fêtes,
Eaux de l’au-delà, des tempêtes
Où dorment d’étranges anneaux,

Eaux des récifs et des ravins,
Eaux des récits et des refrains,
Eaux de nos ondes, des torrents,
De quelques noyés dérivants,
Des fonds, des nappes et des foules,
Eaux qui s’égouttent et qui refoulent,
Eaux qui abritent les crapauds

Eaux scintillantes de nos rives
Où les belles font la lessive,
Eaux de frontières et de ponts,
De bateau ivre et de pontons
De suintements et de gargouilles,
Marée salants, vases de rouille,
De rires clairs et de sanglots,

Eaux gelées de nos vieux hivers,
De notre soif, de nos déserts
Peuplées de monstres, de nageuses,
De lunes, d’ombres lumineuses,
Eaux rares, vertes et limpides,
Eaux des chenaux et des rapides,
Filtres des morts et de nos mots.

Bruno Ruiz, inédit, 2016

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