Découvrir la poésie de Gisèle Prassinos

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On dirait que Pierre se mange lui-même peu à peu.
On dirait qu’il s’use par le dedans et que bientôt il va disparaître dans une dernière convulsion.
Sa peau fragile semble être le siège unique de sa vie.
Car l’intérieur n’est que nuit et sécheresse.
Son sang, son cœur, sa dignité sont dans cette peau qui travaille péniblement à garder les traits de Pierre.
Pierre n’est d’ailleurs plus que ses traits, sombres et creux avec une nuque poussée pour trahir.
Tout le chagrin de Pierre est écrit sur sa nuque, une nuque née pour ce chagrin.
Avant le chagrin, Pierre avait un cou mais pas de nuque.
Dans la foule, on ne voit pas son visage mais s’il se retourne sa présence éclate.
L’homme au chagrin est arrivé.
Humble et lasse, une nuque se promène. Elle accuse, elle hurle, l’indécente, tout ce que le pauvre Pierre a réussi à cacher.

Gisèle Prassinos,(1920-2015) L’homme au chagrin

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