Hervé Ratel / en regardant une toile de Andrew Wyeth

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Observez-bien cette toile. Christina’s world est l’une des peintures américaines les plus réputées du milieu du 20e siècle. Œuvre du peintre Andrew Wyeth, réalisée en 1948, elle est exposée au Musée d’art moderne de New-York (Moma). Au premier regard, l’image est tendre, presque bucolique. Celle d’une jeune fille étendue dans une prairie verdoyante et qui observe des maisons à l’arrière-plan. Pourtant, un examen plus attentif jette le trouble, donnant à la peinture une coloration sombre et anxiogène, moins La petite maison dans la prairie que La colline a des yeux… La posture de la jeune fille est bizarre. Elle semble se traîner par la force des bras sur l’herbe. Et de fait, c’est le cas. Amie et voisine du peintre, Christina Olson était atteinte d’un mal mystérieux qui a longtemps posé question. Souffrait-elle de poliomyélite comme on le suspectait jusqu’à présent ?

Ce n’est pas l’avis de Marc Petterson, neurologue pour enfants à la clinique Mayo (Rochester, Etats-Unis), qui est parvenu à un diagnostic bien différent. Il l’a présenté lors d’une conférence de pathologie clinique qui s’est tenue à l’école de médecine de l’université du Maryland le 6 mai dernier. Pour lui, la jeune fille aurait souffert d’une neuropathie sensitivomotrice héréditaire (HSMN) ou maladie de Charcot-Marie-Tooth (CMT). D’origine génétique et touchant environ 30 000 personnes par an en France, la maladie de CMT désigne un cortège de neuropathies plus ou moins sévères et pour lesquelles une cinquantaine de gènes ont été découverts jusqu’à présent. Mais de nouveaux gènes sont mis au jour chaque année. Elle ne doit pas être confondue avec la maladie de Charcot ou sclérose latérale amyotrophique dont souffre notamment le physicien britannique Stephen Hawking.

Manque de force musculaire, troubles de l’équilibre ainsi que de la sensibilité des pieds et des mains sont les symptômes les plus courants de la maladie qui se distingue par une atteinte des nerfs périphériques reliant muscles, articulations et organes sensoriels au système nerveux central. Exactement ce dont souffrait Christina Olson qui perdit peu à peu la faculté de marcher et d’utiliser ses mains. Après une vie de plus en plus difficile, la jeune fille allongée dans l’herbe mourut à l’âge de 74 ans.

Hervé Ratel, Le mystère médical de la jeune fille allongée dans l’herbe, in Science et Avenir du 13/05/2016

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