Emilio Adolfo Westphalen / Avec le temps qui passe

Emilio Adolfo Westphalen

Avec le temps qui passe
Les pieds croissent et mûrissent
Avec le temps qui passe
Les hommes se regardent dans les miroirs
Et ne se voient pas
Avec le temps qui passe
Chaussures de chevreau
Temps chassant
Chaussures d’athlète
Temps boitant
Une errance de chaque instant et aucun retour
Doigt levé
Signalant
Pressant
C’est le temps et il n’a pas le temps
Je n’ai pas le temps
Montrer les papiers
Tout est en règle
Par ici vers l’aventure silence fermée
Par là vers la débandade immobile mobile
Déjà il arrive et s’attarde
Et oublie
Par ici avec la bouche fausse et des mots d’une autre heure
Le mouchoir neuf et prêt
Pour l’adieu
Adieu est toujours pas arrivée
C’est le signal
Le temps
Presque pas un enfant
Mais une fleur sûrement pas
Presque
Quand il est sur un arbre
On aperçoit le paysage l’étoile
Les chaussures
Ossements de poisson
Et l’œil emplit l’horizon
Le temps
Même s’il boite et se blesse et se lamente
Interdit
Je te fais pas si silence
Le nuage sait d’un autre lieu
Ce sont les escaliers qui descendent
Parce que personne ne monte
Parce que personne ne mord la nuque
Sinon les fleurs
Ou les pieds en lambeaux
Marchant et sang de temps
Gouttes la pluie le torrent
La main arrive
C’est son destin
Arriver le temps
Il se retourne et vous en savez plus
Il était à côté du silence
Il avait de petits yeux
La main au désert
Le pied à l’ignoré
Indubitable
Les os prêtés pouvaient être les miens
Si un léger signe n’avait pas dit
Et il ne disait pas
Levée haussée
Je me donne à ton plus léger virement
A l’amour des cils
Au non-dit
Vertige
Je te craignais sans nuit et sans jour
Même si tu ne reviens pas
Pour le départ de mes os vers une autre nuit
Pour le silence qui tombe
Ou ton sexe

Emilio Adolfo Westphalen (1911/2001), extrait de poésie complète et essais sélectionnés (2004)
traduit du péruvien par Jean-Luc Lacarrière

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