Bruno Ruiz / Sur la falaise des iris

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Le temps passe et nous te regardons depuis le nid ancien,
comme un coquelicot dont les premières sèves ne s’oublient
Fleur fragile aux allures d’arbre, souriante sur nos désordres, pluies incessantes de la belle usure

D’elle ou de moi, à qui ressembles-tu quand tu regardes de si près tes pas
Où t’en vas-tu, si belle, dans le vaste couloir
Vers quel amour, quel labyrinthe choisi

Fier de toi ou orgueilleux de moi-même,
combien me faudra-t-il de livres pour que cessent mes doutes et cette peur de te voir tomber
Nous te savons fidèle à tes rendez-vous au bout des ongles verts, en route vers la beauté de royaumes fertiles

On ne part pas, ce n’est que le temps qui nous éloigne
Le retenir ou l’accepter, voilà la vie
Il nous contient jour après jour dans nos forêts

Dans le silence d’être là, je murmure à ton oreille une langue sans message
Je suis au temps vécu, entre partir et revenir
Peut-on jamais guérir d’un lien, comment aimer sans retenir

*

Ce matin, je te vois dans l’aurore d’un prince, belle dormante à jamais qui s’éveille
Le monde n’est complet qu’aux ruptures des liens, mais je m’attarde sur la lande,
m’arrange de ce que je ne serai plus, te rêve à l’autre en ce présent
Devant nous-mêmes le temps est là qui t’appartient
Il caresse notre barque démarrée

Sois tranquille
J’ouvre encore des cahiers neufs pour de nouveaux parfums, jamais pour la dernière leçon

Car il n’y a rien à comprendre tant que les dieux nous ignorent

Il n’y a que la poussière qui s’envole sur la falaise des iris

Bruno Ruiz, extrait de l’Ode au temps qui nous reste, 2012

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