Bruno Ruiz / le rendez-vous à Venise

1987deux

Vous auriez abandonné votre véhicule à l’entrée de la ville, et vous auriez pris le vaporetto numéro un. Vous seriez descendu à l’Academia et seriez entré dans une cabine téléphonique sur le Campo San Samuele. Dans le kiosque, les journaux se seraient envolés les uns après les autres, laissant aux choses ce qu’elles avaient de plus lourds. Puis, sans attendre, vous auriez composé le numéro mystérieux de votre mort. Pour toute réponse, vous n’auriez eu à l’autre bout du fil que le ricanement insupportable du silence.
Alors, vous auriez su que c’était le signal, et vous vous seriez perdu dans le labyrinthe…

De l’autre côté du labyrinthe, vous auriez vu la mer, la mer et les pontons de bois qui se découpent dans l’azur. Au loin, vous auriez aperçu le mur rouge du cimetière de San Michele, et vous auriez songé au corps d’Igor Stravinski qui se décomposait lentement dans la terre.
C’est alors qu’un homme sans visage aurait posé sa main sur votre épaule, et vous aurez demandé de le suivre…

Bruno Ruiz, extrait du récital A l’Eclusane,1987
Photo de presse : Patrick Riou, 1987

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