Antonio Gamoneda / Je sens le crépuscule sur mes mains…

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Je sens le crépuscule sur mes mains. Il arrive à travers le laurier malade. Je ne veux ni penser ni être aimé ni heureux ni me souvenir.
Je ne veux que sentir cette lumière sur mes mains
et ignorer tous les visages, et ne plus sentir le poids des sons sur mon cœur,
voir passer les oiseaux devant mes yeux et ne pas remarquer qu’ils s’en sont allés.
Il y a des fissures et des ombres sur des murs blancs, il y bientôt plus de fissures et plus d’ombres et finalement il n’y aura plus de murs blancs.
C’est la vieillesse. Elle coule dans mes veines comme une traversée de gémissements. Toutes
les questions vont cesser. Un soleil tardif pèse sur mes mains immobiles et de ma quiétude, ensemble et doucement, s’approchent, comme une seule substance, la pensée et sa disparition.

C’est l’agonie et la sérénité.
Peut-être suis-je transparent et déjà seul, mais je l’ignore. En tout cas, l’unique
sagesse est à présent l’oubli.

Antonio Gamoneda, extrait de Clarté sans repos, 2004

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