Bruno Ruiz / à propos de crépuscule

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Ce que j’aime dans le crépuscule, c’est qu’on ne sait jamais très bien si c’est la fin du jour ou le début de la nuit. Un début ou un commencement. J’ai toujours écrit dans les voisinages de la mort comme s’ils étaient aussi ceux d’une renaissance.
Dans Principe d’une esthétique de la Mort, Michel Guiomar répertorie avec pertinence un certain nombre de catégories d’œuvres se positionnant par rapport à ce qu’il appelle « le seuil de l’Au-delà ». C’est une étude très intéressante. Il y qualifie entre autres « l’Insolite », « le Lugubre », « le Funèbre », « le Divertissement », ou encore « le Crépusculaire ». En lisant cet essai, j’ai eu le sentiment d’appartenir à cette dernière catégorie. C’est un moment difficile à identifier, à cerner. Un lieu qui s’adosse à un concept d’incertitude, de doute, d’indécision, de scepticisme, d’attente, d’inquiétude, d’espoir. Et ce n’est pas vrai que pour ce que j’écris, c’est vrai également quand je regarde l’histoire de ma vie. Quand je regarde mon parcours par exemple, je suis frappé par la densité de certaines années charnières. J’ai l’impression d’ouvrir des portes que je ne referme jamais vraiment. Des fins qui contiennent le ferment d’un recommencement comme dans le livre à venir de Maurice Blanchot. Au cœur de cet espace crépusculaire, l’écriture s’inscrit dans l’illusion d’un renouveau, d’une renaissance. Comme si la création poétique résolvait en moi des équations impossibles à résoudre avec le langage de tous les jours. Comme si ce nœud mystérieux de la fin/commencement, gênant et angoissant parce qu’il contient cette fameuse peur de la mort, de la séparation qui éloigne tant de spectateurs de mes récitals, était aussi un moteur de recherche pour accéder à un espace imaginaire encore vierge, un éveil à de nouveaux sens, l’espérance d’une nouvelle perception du monde. C’est banal de le dire mais si mes chansons et mes poèmes parlent souvent de la mort c’est précisément parce que je suis éperdu de vie. En quête d’une vie nouvelle qui serait absolue. Une vie qui aurait enfin un sens pour l’athée que je suis.

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