Je t’aime encore

2013_03_22_10071

Quand la nuit s’empare de moi, je sais que dans l’ombre il est une main, la tienne, qui m’accueille. Elle ne me console pas de l’infidèle vertige. Elle m’accompagne pendant la durée de l’ouragan. Comme j’ai peur de te faire du mal dans ces moments de détresse ! Comme nous sommes sauvages ! Notre amour ne cesse de rejoindre le royaume des animaux. Aujourd’hui notre avenir appartient à l’image jetée de nos mères aux orties. Non pour les haïr de trop les aimer ou si mal, mais simplement pour les relire. Pour nous relire. Relier ce qui nous saigne, nous absorbe, nous étrangle. Digérer l’enfance. Je te prends la main pour traverser son cimetière radieux. Entre deux fragments du dédale. Deux puits qui se sont miraculeusement trouvés. Nous sommes légers. Si légers. Si tu savais comme je suis léger lorsque je sais que je t’aime. Plus léger qu’un sourire de vieillard. Je te le dis : je n’ai qu’une seule vie. Elle est avec toi dans ces yeux d’hiver. Le temps n’aura rien froissé de ce ciel d’azur sur nos corps solitaires. Viens. Tu dois venir. Je t’emmène au royaume serein, dans l’envol de mille mésanges pour en finir avec toute la peine qui cloue au sol nos manteaux d’habitudes. Je veux que cet instant nous prenne comme plume légère dans l’immense clarté. Nous n’aurons pas vécu cela pour que des forces obscures nous tirent vers le bas. T’ai-je suffisamment dit que tes mains me délivrent des morts. Aurai-je le temps de te dire encore tous les accents de ta voix qui inonde la roseraie par toi enclose, le parfum des cires comme une promesse à venir ? Le monde à tes côtés embrasse des présences que j’accueille car nous vivons dans les habits dérisoires d’une seule vie, d’un seul chemin, sous une seule étoile. Et c’est par ta bouche abreuvée que la rose vient d’accepter son ascension vers le poème du désir.

Bruno Ruiz, extrait de Je t’aime encore,2009

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