Derrick et la Mort

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Tu ne sais pas qui vient de mourir ? Madame Dupas. Tu te rends comptes ? Elle n’était pas vieille : quatre-vingts ans. Elle est morte en regardant la télé. Derrick. L’inspecteur Derrick. Elle s’était allongée, normalement, sur son lit. Quand l’infirmière est arrivée pour le thé, elle était morte. Elle ne s’est rendue compte de rien. En regardant Derrick. Tu te rends compte ? La veille, je lui avais demandé des nouvelles de son fils. Derrick venait de commencer son enquête, avec sa tronche de. C’était le générique, j’avais déjà vu l’épisode huit fois. Elle était là, allongée, je lui parlais, elle ne répondait pas, j’ai sonné, l’infirmière est venue, c’était trop. C’était trop tard. Elle était morte. Quatre-vingts ans. Merde : c’est pas vieux. On attendait le thé, comme d’habitude, je croyais qu’elle somnolait comme elle fait souvent en regardant la télé, ça va tellement vite, tellement vite… Eh bien, elle était morte. Morte Madame Dupas. Comme ça. Pas croyable. En regardant Derrick. Tu te rends compte ? Juste à l’heure du thé. Je venais de lui parler. Morte. Sur son lit. À quatre-vingts ans. Tu te rends compte ? C’est violent tout de même. (un temps) Dis, tu l’aimes, toi, Derrick ? Il va pas vite mais il sait rester correct. C’est un bel homme. Je suis sûr qu’il se parfume. (un temps) Je vais te faire incinérer. C’est mieux non ?

Bruno Ruiz, La visite faite à maman, extrait, 2004

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